J’ai rencontré Alexander lors d’une conférence qu’il animait sur « les graines andines » (andin = en provenance de la Cordillière des Andes = hauts plateaux montagneux en altitude qui traversent le Pérou, entre autres pays).
Alexander est le genre de personnes que l’on a envie d’écouter des heures tant il est passionné, connaisseur et heureux de partager son savoir, et cet appétit est communicatif.
J’ai compris à la fin de la conférence qu’il s’était lancé dans l’entrepreneuriat social avec Milq, qui fabrique et commercialise du lait fabriqué avec des grains de quinoa natifs. Son objectif est double :
– préserver les graines de quinoa natives actuellement en voie d’extinction car ne correspondent pas aux « standards » du marché industriel
– apporter un revenu cohérent, selon ses termes « juste », aux producteurs de quinoa de la région de Puno (qui représentent environ 50% de la production de quinoa au Pérou).
C’est une démarche durable et importante pour la sauvegarde du patrimoine gastronomique péruvien.
J’ai eu envie de l’interviewer. Pour la petite histoire, l’interview a eu lieu la veille de mon accouchement, je m’en rappellerai !

Bonjour Alexander ! Raconte nous un peu, qui es-tu et comment t’es tu retrouvé dans la quinoa?

Je suis de mère péruvienne et de père américain, j’ai grandi aux Etats-Unis mais j’ai toujours eu envie de venir vivre au Pérou. J’ai fait des études d’anthropologie et je suis venu m’installer au Pérou après mes études, ça fait maintenant 6 ans que j’y vis, entre Cuzco, Puno et Lima.
J’ai commencé à m’intéresser à la quinoa en travaillant comme coordinateur sur des projets de conservation de la quinoa pour Biodiversity International (organisme international de recherche pour le développement, NDLR). Là, j’ai tout découvert sur la quinoa, de la graine encore non semée à la commercialisation en passant par le procédé de fabrication.

Qu’est-ce qui t’as donné envie de te lancer et de fonder ta propre entreprise?

Avec mon projet de conservation de la quinoa, j’ai été amené à travailler au quotidien avec les petits producteurs de la région de Puno (région du lac Titicaca, en altitude sur la Cordillière des Andes, NDLR). J’ai vu leurs difficultés à créer des filières ou des coopératives pour défendre leurs intérêts, j’ai vu à quel point il est intenable pour eux d’obtenir des rémunérations « justes » par rapport à la pression du marché, j’ai vu leur nécessité de ne cultiver que certaines variétés de quinoa pour se conformer aux exigences du marché, qui souhaite un process de fabrication et un rendu de grain uniforme. Or la quinoa possède un nombre incroyable de variétés, et les variétés dite « natives », travaillées selon un procédé humain, risquent de s’éteindre. Au-delà du fait que la quinoa est une graine fascinante à part entière!

Ah oui, raconte nous ce qu’il y a de fascinant dans la quinoa !

Pour plein de raisons! Si je n’en retenais que 2, ce serait pour d’une part pour des raisons historiques/culturelles : c’est le « grano madre » (le grain roi), cultivé au Pérou depuis des millénaires. Il était adoré par les Incas qui lui dédiaient des cérémonies et des outils de cultivation en or (une chakitajlla, c’est un genre de bêche), ils avaient compris à quel point la quinoa était importante pour ses qualités de rendement et nutritives, entre autres.
Et d’autre part la quinoa est fascinante pour des raisons intrinsèques : elle pousse dans des conditions extrêmes, avec très peu d’eau, sur des sol ultra salés, où le soleil brûle, où justement rien ne devrait pousser!

Parle nous un peu de l’aventure Milq, comment as-tu commencé et quelles sont tes perspectives ?

J’ai monté Milq tout seul il y a 1 an 1/2. Nous commercialisons du lait de quinoa préparé avec les graines de quinoa natives, celles qui sont en voie d’extinction car ne répondent pas aux « standards » industriels.
Au départ, je ramenais mes graines de quinoa moi-même de la région de Puno et j’élaborais des recettes dans une petite cuisine professionnelle de Barranco (un quartier de Lima, NDLR) avec des émollients naturels. Ensuite, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont aidées et permis d’avoir un stand au petit marché écologique de Barranco et j’ai passé 10 mois à y vendre mes produits et à tester les recettes auprès des consommateurs. Je les ai faites évoluer au fur et à mesure en fonction de leurs retours.
Aujourd’hui, j’ai une gamme de 4 produits que je fais préparer dans une usine proche de Lima, j’ai plusieurs points de vente en marchés et magasins bio et j’ai rencontré un associé pour commencer d’autres recettes de quinoa mélangé à du tarwi (un autre grain andin aux grandes qualités nutritives, NDLR).

Merci Alexander, et longue vie à Milq !